Au milieu du XVIe siècle, l'explorateur espagnol Francisco de Orellana a été le premier européen à descendre le fleuve Amazone. A son retour en Europe, il a décrit une civilisation dense et très développée le long des rives du fleuve : des villages fortifiés reliés par des routes, une agriculture très développée, des chefs s'apparentant à la noblesse européenne. Ses récits ont contribué à forger la légende de l'Eldorado.

Cependant, les expéditions suivantes n'ont rien trouvé de ce que Orellana avait décrit. Les seuls peuples rencontrés par les européens étaient des tribus de chasseurs-cueilleurs nomades et en aucun cas la société étendue, sédentaire et hiérarchisée à laquelle ils s'attendaient.

Par la suite Orellana a été discrédité dans l'opinion publique, tout le monde pensant qu'il avait inventé de toutes pièces la civilisation qu'il avait décrite.

A partir de la seconde moitié du XIXe siècle, on a commencé à remarquer que certaines zones de l'Amazonie avaient un sol noir et très fertile, très différent de celui que l'on trouve couramment et qui est constitué d'une terre oxydée, délavée et impropre à l'agriculture.

Terra preta

On s'est aperçu par la suite que cette terre noire (terra preta en portugais) constituait des lopins faisant couramment une vingtaine d'hectares, mais pouvant atteindre plus de 300 hectares dans les cas extrêmes. Ces portions de terre noire correspondent à d'anciennes aires de peuplement dans lesquelles on retrouve de nombreux fragments de poteries et autres traces humaines.

L'exceptionnelle fertilité de la terra preta (rendement multiplié jusqu'à 800 fois par rapport à la terre ocre) serait dû aux grandes quantités de charbon qui ont été incorporées à la terre. Le charbon de bois a en effet la propriété de retenir et de stocker de nombreux éléments nutritifs, alors que ceux-ci sont normalement emmenés par la pluie.

Il semblerait que la civilisation qui vivait là pratiquait un défrichage assez particulier en faisant brûler le bois sous des monticules de terre de façon à avoir un feu étouffé qui produise du charbon et non de la cendre. Mais il est possible que le procédé de fabrication nous échappe encore en partie, car on s'est apperçu que cette terre s'étend spontanément d'environ 1cm par an et on soupçonne qu'une bactérie en soit un composant essentiel.

La civilisation de la terra preta était très probablement celle qui a été décrite par Orellana. Mais cela voudrait dire qu'elle s'est éteinte en quelques années puisque les autres expéditions ne l'ont pas rencontrée. La réponse à cette énigme est en fait assez simple : les maladies européennes. Dès l'arrivée des premiers européens, plusieurs maladies anodines pour les espagnols comme la rougeole ou la grippe se sont répandues sur le continent américain avec des conséquences dévastatrices. En de nombreux endroits, les explorateurs avaient été précédés par leurs propres maladies et trouvaient un pays dévasté. C'est très probablement de cette manière que s'est éteinte la civilisation de la terre noire.

Alors que les paysans d'Amazonie sont obligés de défricher chaque année une nouvelle parcelle de forêt à cause de l'épuisement de leurs champs, cette civilisation avait trouvé le moyen de rendre la terre d'Amazonie fertile pour plusieurs siècles.

La terre noire n'est plus produite par l'homme, mais elle est exploitée comme un gisement et fait l'objet d'un commerce. Elle risque ainsi de disparaître avant même que l'on en ait percé tous les secrets.

Sources : Terra preta (Wikipédia), Terra Preta (Din-Diu), Reportage sur la terra preta.

Photo : Terre Preta sur Wikimedia Commons, licence GNU.